« En ce temps-là le monde était rond et on pouvait tourner tout autour en rond et en rond. »

Gertrude Stein

 

Le monde est rond, le temps est courbe et pourtant autrefois tout était plat. Le monde, l’univers et le temps. L’espace est en relief, le temps prend forme.

Ce que nous percevons est-il toujours de l’ordre de la croyance, limité à ce que nous connaissons sur le moment? La somme des connaissances stockée dans notre mémoire évolue sans cesse, notre cerveau s’adapte et notre vision du monde avec. Nous vivons dans des réalités variables et toujours en construction.

Nous ne savons pas comment tout a commencé, et si seulement il y a un début. Ou même une fin, puisque la fin semble être le recommencement ou le déploiement de quelque chose, toujours ou encore. Il existe en physique un temps imaginaire, qui sert à des calculs très réels pour essayer de comprendre notre univers. Alors si un temps imaginaire influence le temps vécu, il est normal que la mémoire humaine se construise et s’invente à partir de faits réels et inconscients, avec des souvenirs à la fois très justes et complètement déformés.

La science est poésie. Il s’agit d’inventer des hypothèses puis de passer sa vie à les prouver ou les réfuter. De nouvelles hypothèses impliquent toujours un nouvel ensemble de potentiels.

L’homme construit toujours, et encore, sa vie, son histoire, son univers et sa mémoire. Il déplace, observe, reproduit, invente, détruit, découvre et redécouvre.

Une construction donc. Des fragments de connaissances, d’éléments fondateurs et d’expériences mis bout à bout pour essayer de constituer un tout. Ma pratique est faite de morceaux réels et rêvés, de faits et de fictions, de personnel et de commun, que j’assemble ou rassemble en une multitude de points pour former un motif, une texture, un relief et une forme.

Ainsi des mosaïques vieilles de presque 2000 ans deviennent broderies contemporaines, des trous raccommodés au fil noir marquent l’absence malgré la réparation, une tache monochrome brodée se fait trace de l’inconscient, insecte organique discret et précieux, le creux d’un pli permet à la fois le surgissement et la disparition, un morceau de verre brisé retravaillé, gravé et porté à la lumière dévoilera l’ombre d’une cartographie fantasmée.

L’art est une part de fiction qui s’inscrit dans le réel en s’inspirant de lui.

Il s'agit alors de reconstruction plus que de construction ; une volonté de réparer.

 

C’est là que mon processus de création intervient, il est la réparation d’un réel transformé.


Entrevue radiophonique RPL

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Portrait vidéo réalisé par Anne Jeannin, dans le cadre de l'exposition Laura Gourmel à Lasécu.